L'Union européenne dispose du cadre réglementaire le plus exigeant au monde pour la sécurité des cosmétiques. Le Règlement CE 1223/2009, applicable depuis 2013, impose une évaluation toxicologique préalable à chaque produit, désigne une personne juridiquement responsable, oblige à déclarer l'intégralité de la composition à un portail européen, et interdit toute allégation non vérifiable. Cet article décrit comment ce dispositif protège concrètement votre enfant quand il porte un parfum, et ce que cela implique pour la marque qui le commercialise.
L'essentiel en 30 secondes
- Le Règlement CE 1223/2009 est l'unique réglementation applicable aux cosmétiques dans l'ensemble de l'Union européenne. Il remplace les anciennes directives nationales et impose des règles identiques de la France à la Grèce.
- Chaque produit doit faire l'objet d'un Dossier d'Information Produit (DIP), contenant un rapport de sécurité signé par un toxicologue, avant toute mise sur le marché.
- La Personne Responsable est l'entité juridiquement engagée sur la sécurité du produit. Son nom et son adresse figurent obligatoirement sur le packaging.
- Le CPNP (Cosmetic Products Notification Portal) est le portail européen sur lequel chaque produit doit être notifié avant commercialisation, avec sa formule complète accessible aux autorités sanitaires.
- Les Annexes II à VI listent les substances interdites (Annexe II, 1 500+ substances), les substances autorisées sous conditions, les colorants, les conservateurs et les filtres UV admissibles.
- Les allégations cosmétiques (« sans paraben », « hypoallergénique », « bio ») sont encadrées par le règlement (UE) 655/2013, qui exige qu'elles soient véridiques, vérifiables, et non dénigrantes.
- L'expérimentation animale est interdite pour les cosmétiques en Europe depuis 2013, sans exception.
Pourquoi un règlement européen unique ?
Avant 2013, chaque pays européen disposait de sa propre réglementation cosmétique, dérivée d'une directive européenne harmonisée mais transposée différemment d'un État à l'autre. Ce système créait des disparités, des lourdeurs administratives, et surtout des incohérences possibles dans la protection des consommateurs selon le pays d'achat.
Une harmonisation totale
Le Règlement CE 1223/2009, applicable depuis le 11 juillet 2013, a remplacé l'ancienne directive 76/768/CEE. Contrairement à une directive, un règlement s'applique directement et de manière identique dans tous les États membres, sans transposition nationale. Un cosmétique vendu en France doit respecter exactement les mêmes règles qu'un cosmétique vendu en Allemagne, en Italie ou en Pologne. Cette unification garantit une protection homogène à l'ensemble des consommateurs européens.
Un cadre étendu aux importations
Le règlement s'applique également à tout cosmétique importé d'un pays tiers et mis sur le marché européen. Un parfum fabriqué aux États-Unis et vendu en France doit respecter exactement les mêmes exigences qu'un parfum fabriqué en France. C'est un point souvent méconnu, qui explique pourquoi certaines marques américaines retirent ou reformulent leurs produits pour le marché européen.
Un dispositif évolutif
Le règlement de base de 2009 a été amendé plus de 50 fois depuis sa publication, notamment pour mettre à jour les listes de substances interdites (Annexe II), les concentrations limites (Annexes III à VI), et la liste des allergènes de fragrance à déclarer. Ce mécanisme d'amendement permet au cadre de s'adapter aux nouvelles connaissances scientifiques sans nécessiter une refonte complète.
Les six piliers du règlement cosmétique européen
| Pilier | Ce que le règlement impose | Ce que cela protège |
|---|---|---|
| Évaluation de sécurité préalable | Chaque produit doit avoir un rapport de sécurité (CPSR) signé par un toxicologue qualifié | Aucun cosmétique ne peut être vendu sans avoir été évalué scientifiquement avant commercialisation |
| Personne Responsable | Une personne physique ou morale juridiquement responsable est désignée pour chaque produit | Identification claire du responsable en cas de problème, contrôle DGCCRF facilité |
| DIP (Dossier Information Produit) | Le DIP rassemble tous les éléments scientifiques et techniques, conservé 10 ans après la dernière vente | Traçabilité totale, accès aux autorités en cas d'inspection ou de réaction |
| Notification CPNP | Notification obligatoire au portail européen avec la formule complète et le pays de mise sur le marché | Les centres antipoison européens disposent de la composition en cas d'urgence |
| Substances autorisées / interdites | Annexes II à VI : listes officielles mises à jour régulièrement | Plus de 1 500 substances interdites, des centaines d'autres limitées en concentration |
| Allégations encadrées | Règlement (UE) 655/2013 sur les allégations vérifiables, non trompeuses, non dénigrantes | Protection contre les promesses marketing infondées (greenwashing, allégations santé) |
L'évaluation de sécurité : le cœur du dispositif
C'est l'étape la plus importante et la moins visible pour le consommateur. Aucun cosmétique ne peut être mis sur le marché européen sans avoir fait l'objet d'une évaluation toxicologique préalable.
Qui réalise l'évaluation
L'évaluation est conduite par un évaluateur de sécurité qualifié, qui doit avoir un diplôme de pharmacien, de médecin, de toxicologue ou une qualification équivalente reconnue. Cet évaluateur est indépendant de la fonction commerciale de la marque. Son nom et ses qualifications figurent dans le rapport.
Ce que contient le rapport (CPSR)
Le Cosmetic Product Safety Report rassemble :
- la composition quantitative et qualitative du produit ;
- les caractéristiques physico-chimiques et la stabilité ;
- la qualité microbiologique et la conservation ;
- les impuretés et traces de substances ;
- les études toxicologiques de chaque ingrédient ;
- l'exposition prévisible du consommateur (fréquence, zone, durée d'usage) ;
- la conclusion sur la sécurité d'usage dans les conditions normales d'utilisation et les conditions raisonnablement prévisibles.
Le cas particulier des produits pour enfants
Pour les cosmétiques destinés aux enfants, l'évaluation tient compte des spécificités physiologiques de cette population : perméabilité cutanée plus élevée, ratio surface corporelle / poids défavorable, fenêtres endocriniennes sensibles. Les marges de sécurité calculées doivent être adaptées en conséquence. Le règlement prévoit même certaines restrictions spécifiques aux enfants de moins de 3 ans, comme l'interdiction du propylparaben et du butylparaben dans les produits sans rinçage destinés à cette tranche d'âge.
La Personne Responsable : qui porte la responsabilité ?
C'est l'une des innovations majeures du règlement de 2009. Pour chaque produit cosmétique vendu sur le marché européen, une personne physique ou morale est juridiquement engagée.
Son rôle
La Personne Responsable garantit que le produit satisfait à toutes les obligations du règlement : évaluation de sécurité réalisée, DIP constitué et tenu à jour, notification CPNP effectuée, étiquetage conforme, allégations vérifiables. Elle est l'interlocuteur unique des autorités de contrôle, en France la DGCCRF.
Son identification obligatoire
Le nom et l'adresse de la Personne Responsable doivent figurer obligatoirement sur l'emballage de chaque produit. C'est cette information qui permet à un consommateur d'identifier juridiquement à qui s'adresser en cas de problème. Pour Siyages, la Personne Responsable est Arthur Gaufreteau, cofondateur, dont l'identité figure sur tous nos packagings.
La responsabilité encourue
La Personne Responsable est juridiquement engagée. En cas de produit non conforme ou ayant causé un dommage, sa responsabilité peut être recherchée au civil et au pénal. Les sanctions encourues vont de l'amende administrative au retrait du marché, voire à des poursuites pénales en cas de mise en danger délibérée. Ce dispositif est l'un des plus dissuasifs au monde et il explique pourquoi l'industrie cosmétique européenne investit massivement dans la conformité réglementaire.
Le CPNP : la base de données européenne des cosmétiques
Le Cosmetic Products Notification Portal est le pendant numérique de l'évaluation de sécurité. C'est un portail centralisé géré par la Commission européenne, sur lequel chaque produit cosmétique mis sur le marché doit être notifié avant sa commercialisation.
Ce qui y est déposé
- L'identité du produit (nom, catégorie, présentation) ;
- La composition complète, incluant les concentrations des substances dangereuses ;
- Le nom et coordonnées de la Personne Responsable ;
- Les pays de mise sur le marché ;
- La cible d'usage, y compris la mention « destiné aux enfants » le cas échéant.
Pourquoi ces informations
Le CPNP n'est pas un dispositif d'autorisation au sens strict. C'est un outil d'information à destination des autorités sanitaires et des centres antipoison européens. En cas de réaction toxicologique signalée par un consommateur, les centres antipoison peuvent consulter la formule du produit en cause et adapter la prise en charge médicale. Cette information rapidement accessible est précieuse en situation d'urgence.
Ce que cela signifie pour le consommateur
Pour vous, parent qui achète un parfum pour votre enfant, le CPNP signifie qu'aucun produit légalement vendu dans l'Union européenne n'est anonyme. Sa composition est connue des autorités sanitaires, son fabricant est identifié, sa cible d'usage est déclarée. Cette base de données est l'un des dispositifs de protection les plus puissants du règlement, même s'il reste invisible pour le grand public.
Les Annexes : ce que la loi liste précisément
Le règlement est organisé autour de plusieurs annexes qui constituent le cœur opérationnel du dispositif.
| Annexe | Contenu | Nombre approximatif d'entrées |
|---|---|---|
| Annexe II | Substances interdites en cosmétique | Plus de 1 500 substances |
| Annexe III | Substances autorisées sous restrictions (concentrations, conditions, mention obligatoire d'avertissement) | Plus de 300 entrées, dont 81 allergènes de fragrance depuis 2026 |
| Annexe IV | Colorants autorisés | Liste positive d'environ 150 colorants |
| Annexe V | Conservateurs autorisés | Liste positive d'environ 60 conservateurs avec concentrations limites |
| Annexe VI | Filtres UV autorisés | Liste positive d'environ 30 filtres avec concentrations limites |
Le principe des listes positives
Pour les colorants, conservateurs et filtres UV (Annexes IV, V, VI), le règlement applique le principe de liste positive : seules les substances explicitement listées peuvent être utilisées. Tout ingrédient absent de la liste positive est interdit, même si rien ne l'interdit explicitement par ailleurs. C'est l'un des dispositifs les plus protecteurs du règlement.
Une mise à jour constante
Ces annexes sont mises à jour régulièrement par des règlements amendant 1223/2009. Quelques exemples récents :
- Règlement (UE) 2022/1176 abaissant les limites de concentration de la benzophénone-3 ;
- Règlement (UE) 2020/1182 classant le lilial reprotoxique 1B, ce qui entraîne son interdiction automatique ;
- Règlement (UE) 2023/1545 étendant à 81 substances la liste des allergènes de fragrance déclarables.
Chaque amendement est précédé d'une évaluation scientifique conduite par le SCCS (Scientific Committee on Consumer Safety), comité d'experts indépendants nommés par la Commission européenne.
L'encadrement des allégations marketing
Une des dimensions les plus protectrices du dispositif européen, peu connue du grand public, concerne les allégations cosmétiques. Tout ce qu'une marque écrit sur son packaging, dans sa publicité ou sur son site est juridiquement encadré.
Le règlement (UE) 655/2013
Ce règlement complémentaire impose à toute allégation cosmétique de respecter six critères :
- Conformité aux dispositions légales : ne pas attribuer au produit des propriétés qu'il n'a pas.
- Véracité : être sincère et ne pas exagérer la performance.
- Éléments probants : être étayée par des preuves vérifiables disponibles à tout moment.
- Honnêteté : ne pas dénigrer les produits concurrents ni les ingrédients légalement utilisés.
- Équité : présenter une information équilibrée.
- Choix éclairé : permettre au consommateur de comprendre et d'arbitrer en connaissance de cause.
Conséquences pratiques
Cette logique signifie que la mention « sans perturbateur endocrinien » sur un emballage cosmétique est juridiquement interdite : elle constituerait à la fois une allégation non vérifiable (aucune liste exhaustive officielle n'existe) et un dénigrement implicite des autres produits utilisant des substances légalement autorisées. À l'inverse, « sans paraben » est tolérée si la formule en est effectivement exempte, parce qu'elle est vérifiable.
Cette nuance explique pourquoi vous lirez plus souvent, sur les produits engagés, des formulations comme « nous excluons volontairement » ou « charte de formulation restrictive » plutôt que des allégations négatives directes. C'est moins percutant marketingement, mais c'est juridiquement plus solide.
L'interdiction de l'expérimentation animale
Depuis le 11 mars 2013, l'expérimentation animale est totalement interdite en Europe pour les cosmétiques. Cette interdiction concerne à la fois :
- les produits finis ;
- les ingrédients entrant dans leur composition ;
- les tests réalisés à l'étranger en vue d'une commercialisation européenne.
Cette interdiction fait que la mention « non testé sur les animaux » sur un cosmétique vendu en Europe est, dans les faits, une obligation légale et non un argument différenciant. Tous les cosmétiques européens y sont astreints, qu'ils l'affichent ou non.
Les seules méthodes acceptées sont les méthodes alternatives validées par l'Union européenne : tests in vitro sur cultures cellulaires, modèles de peau reconstruite, tests sur volontaires humains avec consentement éclairé.
Notre conformité chez Siyages
Siyages opère intégralement dans le cadre du Règlement CE 1223/2009. Voici ce que cela signifie concrètement pour la marque et pour vous.
Personne Responsable identifiée
La Personne Responsable de Siyages est Arthur Gaufreteau, cofondateur. Mon nom et nos coordonnées figurent sur chaque packaging, conformément à l'article 19 du règlement. Je suis personnellement engagé sur la sécurité de chaque produit que nous mettons sur le marché.
DIP et CPSR pour chaque fragrance
Chacune de nos quatre fragrances Vanille Rubis, Muscs Blancs, Iris Velours et Mandarine Azur dispose de son propre Dossier d'Information Produit, incluant un rapport de sécurité signé par notre toxicologue référent. Ces DIP sont conservés et tenus à disposition de la DGCCRF en cas d'inspection.
Notification CPNP réalisée
Chacun de nos parfums est notifié au portail CPNP avant sa commercialisation, avec sa composition complète accessible aux autorités sanitaires européennes. Cette traçabilité totale fait partie de nos obligations et de notre engagement de transparence.
Allégations conformes
Nous appliquons strictement le règlement (UE) 655/2013 sur les allégations. C'est la raison pour laquelle nous n'affirmons jamais que nos parfums sont « sans perturbateur endocrinien » (allégation interdite), mais que nous excluons volontairement certaines familles de substances, ce qui est vérifiable et conforme. Notre charte Composition et sécurité détaille précisément ces exclusions.
Au-delà des obligations
Le règlement européen est exigeant, mais il fixe un cadre minimal. Notre démarche consiste à aller au-delà de ces obligations sur trois axes : exclusion volontaire de substances autorisées mais préoccupantes (phtalates, parabens, muscs polycycliques bioaccumulables, BHA et BHT), tests dermatologiques sous contrôle indépendant avec score documenté (IIM 0,00/3,00 chez COSMEPAR), et publication intégrale de la liste INCI et de la charte de formulation.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Règlement CE 1223/2009 ?
Le Règlement CE 1223/2009 est l'unique réglementation applicable aux cosmétiques dans l'ensemble de l'Union européenne, applicable depuis juillet 2013. Il impose une évaluation toxicologique préalable à chaque produit, désigne une Personne Responsable juridiquement engagée, oblige à notifier la composition au portail européen CPNP, interdit plus de 1 500 substances, encadre strictement les allégations marketing et interdit totalement l'expérimentation animale pour les cosmétiques.
Qu'est-ce qu'une Personne Responsable au sens du règlement cosmétique ?
La Personne Responsable est l'entité juridiquement engagée sur la sécurité d'un produit cosmétique vendu en Europe. Son nom et son adresse figurent obligatoirement sur le packaging. Elle garantit que le produit satisfait à toutes les obligations du règlement : évaluation de sécurité, DIP, notification CPNP, étiquetage conforme, allégations vérifiables. Elle est l'interlocuteur unique des autorités de contrôle, en France la DGCCRF, et sa responsabilité peut être recherchée au civil comme au pénal.
Qu'est-ce que le DIP en cosmétique ?
Le DIP (Dossier d'Information Produit) est le dossier qui rassemble tous les éléments scientifiques et techniques d'un produit cosmétique : composition, caractéristiques physico-chimiques, qualité microbiologique, études toxicologiques, exposition prévisible, conclusion sur la sécurité d'usage. Il est obligatoire avant toute mise sur le marché et doit être conservé 10 ans après la dernière vente du produit. Il est tenu à disposition des autorités de contrôle.
Que veut dire « notifié au CPNP » ?
Le CPNP (Cosmetic Products Notification Portal) est le portail européen sur lequel chaque cosmétique mis sur le marché doit être notifié avant commercialisation. La notification comprend l'identité du produit, sa composition complète, le nom de la Personne Responsable, les pays de mise sur le marché et la cible d'usage. Cette base de données est accessible aux autorités sanitaires et aux centres antipoison européens, qui peuvent consulter la formule en cas de réaction signalée par un consommateur.
Une marque peut-elle écrire « sans perturbateur endocrinien » sur son emballage ?
Non. Cette mention est interdite par le règlement (UE) 655/2013 sur les allégations cosmétiques. Elle constituerait à la fois une allégation non vérifiable scientifiquement de manière exhaustive et un dénigrement implicite des autres produits utilisant des substances légalement autorisées. Les marques engagées préfèrent des formulations vérifiables comme « nous excluons volontairement » ou « charte de formulation restrictive », appuyées par la publication intégrale de leur liste d'exclusions.
L'expérimentation animale est-elle interdite pour les cosmétiques en Europe ?
Oui. Depuis le 11 mars 2013, l'expérimentation animale est totalement interdite en Europe pour les cosmétiques. L'interdiction concerne les produits finis, les ingrédients entrant dans leur composition, et les tests réalisés à l'étranger en vue d'une commercialisation européenne. Cette interdiction fait que la mention « non testé sur les animaux » sur un cosmétique vendu en Europe est, dans les faits, une obligation légale et non un argument différenciant.



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