Un nouveau parfum peut apparaître en quelques secondes : une campagne, un flacon, quelques notes annoncées. Sa création, elle, peut avoir commencé plusieurs années plus tôt.
La nouvelle fragrance masculine I Will de Giorgio Armani en donne un exemple particulièrement parlant. Selon les informations communiquées à People, sa mise au point aurait demandé plus de quatre années de travail et plus de 2 800 essais aux parfumeurs Nathalie Lorson et Alberto Morillas.
Le chiffre impressionne. Mais il devient surtout intéressant lorsqu’on essaie de comprendre ce qu’il raconte vraiment du métier de parfumeur.
À retenir
- Plus de 2 800 essais ne signifie pas 2 800 parfums entièrement différents. La source ne détaille pas le protocole de comptage, et une nouvelle version peut parfois reposer sur un ajustement précis de la formule.
- Créer un parfum est un travail d’équilibre. Modifier légèrement une matière peut changer la fraîcheur, la texture, la diffusion ou la manière dont l’ensemble évolue.
- Le nombre d’essais n’est pas une note de qualité. Il renseigne sur un processus de développement, pas sur ce que chacun ressentira en portant la fragrance.
2 800 essais : que signifie vraiment ce chiffre ?
Il serait facile d’imaginer une pièce remplie de 2 800 parfums totalement différents. Ce n’est pas ce que l’information permet d’affirmer.
People indique que le développement d’I Will a dépassé 2 800 essais, mais ne précise pas ce qui était comptabilisé comme un essai : nouvelle architecture, variation de dosage, modification d’un accord ou correction plus fine. Cette limite est importante.
En création olfactive, une version peut être très proche de la précédente sur le papier et pourtant produire une impression différente au nez. Une matière légèrement augmentée peut prendre davantage de place. Une autre, réduite, peut laisser apparaître un contraste jusque-là masqué.
Le travail avance donc souvent par versions successives : on formule, on sent, on laisse évoluer, on compare, puis on recommence.
Pour comprendre les grandes étapes qui entourent ce travail, notre article Comment fabrique-t-on un parfum ? De la fleur au flacon revient sur le chemin qui mène de la matière à la fragrance finale.
Pourquoi une formule peut-elle demander autant d’ajustements ?
Un parfum ne se résume pas à une liste de notes.
Les premières descriptions publiques d’I Will citent notamment la bergamote, la lavande, la vanille et le cuir. Mais écrire quatre mots sur une pyramide olfactive ne dit pas encore comment ces sensations vont se répondre, à quel moment elles seront perceptibles ni quelle place chacune prendra.
Une bergamote peut apporter beaucoup d’éclat au départ, puis s’effacer. Une vanille peut donner de la chaleur sans nécessairement rendre l’ensemble très sucré. Un effet cuir peut apporter du relief ou devenir trop dominant selon son équilibre avec le reste de la formule.
C’est là que commence une grande partie du travail : non pas empiler les matières, mais trouver leur juste proportion.
Une petite modification peut changer tout l’équilibre
Lorsqu’une formule est presque aboutie, les changements les plus importants ne sont pas toujours les plus visibles.
Imaginez une photographie dont on ajuste très légèrement la lumière, le contraste ou la température. La scène reste la même, mais son caractère change.
En parfumerie, les proportions jouent un rôle comparable. Une variation peut rendre une ouverture plus nette, un fond plus doux ou un accord plus lisible. Elle peut aussi résoudre un problème et en faire apparaître un autre.
C’est pourquoi la création n’avance pas toujours en ligne droite. Certaines versions permettent simplement de comprendre ce que l’on ne veut pas. Elles font pourtant partie du chemin.
Deux parfumeurs derrière une même création
I Will a été développé par Nathalie Lorson et Alberto Morillas. Cette collaboration rappelle une autre réalité du métier : une fragrance n’est pas nécessairement le résultat d’un parfumeur travaillant seul jusqu’à l’illumination finale.
Une création peut naître d’un dialogue entre plusieurs parfumeurs, une maison, une direction artistique et les équipes chargées de transformer une intention en produit réel.
Deux sensibilités peuvent ainsi regarder la même formule différemment. L’une repère une tension à préserver, l’autre un excès à corriger. Ce dialogue ne rend pas nécessairement le parfum meilleur ; il fait partie de la méthode choisie pour arriver à une formule cohérente.
Plus d’essais signifie-t-il un meilleur parfum ?
Non.
C’est probablement la nuance la plus importante de cette actualité.
Un parfum qui demande plusieurs milliers de versions n’est pas automatiquement supérieur à une création trouvée plus rapidement. Le nombre d’essais peut dépendre de la complexité du brief, des attentes de la maison, du nombre de personnes impliquées, des contraintes du projet ou simplement du chemin créatif emprunté.
Et surtout, la qualité finale reste une expérience sensible. Deux personnes peuvent reconnaître le soin apporté à une composition et ne pas avoir envie de la porter pour autant.
Le chiffre des 2 800 essais est donc intéressant comme indice du travail invisible, beaucoup moins comme argument de supériorité.
Ce que cette actualité raconte de la parfumerie
La communication d’un lancement met naturellement en avant ce qui se voit vite : le visage de la campagne, le flacon, le nom et quelques matières.
Le détail des 2 800 essais déplace momentanément le regard vers ce qui ne se voit presque jamais : les versions abandonnées, les proportions corrigées, les essais qui ne fonctionnent pas et le temps nécessaire pour rendre une formule plus évidente.
C’est aussi ce qui rend cette actualité intéressante au-delà d’Armani.
À une époque où de nombreuses nouveautés arrivent chaque semaine, la création d’un parfum reste capable de demander des années de travail. L’actualité est rapide ; la mise au point d’une odeur peut l’être beaucoup moins.
Cette tension entre recherche de nouveauté et travail de fond est également au cœur de notre article Les parfums deviennent-ils plus simples et plus originaux ?, consacré à l’évolution des créations contemporaines.
Le regard Siyages : le récit vient après le parfum
Ce qui nous intéresse ici n’est pas de transformer 2 800 en chiffre magique.
C’est presque l’inverse.
Une histoire de création a de la valeur lorsqu’elle aide à mieux comprendre le produit. Elle perd son intérêt lorsqu’elle sert seulement à donner artificiellement de l’importance à une fragrance.
Un beau récit ne peut pas remplacer ce qui se passe au moment où l’on sent le parfum. La formule doit avoir son équilibre, son caractère et sa raison d’être avant que le marketing ne commence à la raconter.
Le plus intéressant dans les 2 800 essais d’I Will est donc peut-être qu’une fois le parfum terminé, ils sont supposés disparaître. Le porteur n’a pas à sentir l’effort. Il doit simplement rencontrer une composition qui lui paraît juste — ou décider qu’elle ne lui plaît pas.
Et cette liberté-là reste l’une des choses les plus simples, et les plus précieuses, dans le parfum.
Questions fréquentes
Qui a créé le parfum Armani I Will ?
Selon les informations publiées lors de son lancement, I Will a été développé par les parfumeurs Nathalie Lorson et Alberto Morillas.
Armani I Will a-t-il vraiment demandé 2 800 essais ?
People rapporte plus de 2 800 essais sur plus de quatre années de développement. La source ne détaille toutefois pas la méthode utilisée pour comptabiliser chaque essai.
Quelles sont les notes d’Armani I Will ?
Les premières informations publiques mentionnent notamment la bergamote, la lavande, la vanille et le cuir. Une liste de notes reste une manière simplifiée de présenter une composition : elle ne décrit pas à elle seule son équilibre ni son évolution.
Un parfum qui demande plus d’essais est-il forcément meilleur ?
Non. Le nombre de versions renseigne sur le processus de développement, mais ne constitue ni une certification ni une mesure objective de la qualité olfactive.
Sources
Article rédigé à partir des informations disponibles le 7 août 2026.
- People — Jonathan Bailey, Giorgio Armani I Will et le processus de création, 6 août 2026.
- GQ — Jonathan Bailey et la campagne Armani Beauty, 6 août 2026.
- Esquire — entretien autour d’Armani I Will, 6 août 2026.












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